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La guerre du Golfe devrait déclencher une nouvelle vague d’investissements dans l’énergie propre !

Article publié le 28/05/2026

Les chocs géopolitiques mettent en évidence les risques liés aux énergies fossiles. Les énergies renouvelables combleront le manque, en stimulant les investissements dans les réseaux électriques et des systèmes énergétiques résilients.

La guerre en Iran et l’escalade des tensions au Moyen-Orient ont provoqué des turbulences sur les marchés mondiaux de l’énergie. Les prix du pétrole et du gaz ont enregistré une hausse significative à la suite de perturbations dans le détroit d’Ormuz, par lequel transite 20% de l’approvisionnement mondial en pétrole, ainsi que des attaques visant des raffineries et des usines de traitement dans la région du Golfe.

Pour de nombreux gouvernements et entreprises, ces événements rappellent le choc qui a suivi l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022. Garantir un approvisionnement énergétique stable et abordable redevient une priorité : il faut diversifier les sources d’énergie pour s’éloigner des énergies fossiles vulnérables et réévaluer les stratégies énergétiques à long terme.

Au-delà de cette crise, un changement structurel plus profond s’est opéré depuis 2022, qui n’est pas sans conséquence pour les investisseurs. Les énergies renouvelables sont devenues bien plus abordables. En vertu du coût actualisé de l’énergie, les nouveaux projets éoliens et solaires sont désormais généralement moins chers que les centrales à gaz, à charbon ou nucléaires (Fig. 1).

Fig. 1 – Coût actualisé de l’énergie : les énergies renouvelables sont les moins chères

Valeurs moyennes historiques sélectionnées du LCOE* (USD/MWh)

*Reflète la moyenne des valeurs haute et basse du LCOE pour chaque technologie et chaque année respectives.
** Étant donné le peu de données publiques et/ou observables disponibles pour les nouveaux projets nucléaires, le LCOE présenté ici reflète les résultats de la version 14.0 du LCOE de Lazard (2020), ajustés pour l’inflation et basés sur les coûts estimés à l’époque pour la centrale de Vogtle.
Source : Lazard

De plus, le temps nécessaire pour déployer ces sources d’énergie propre a considérablement diminué. Il est désormais possible de construire une centrale solaire à grande échelle en moins de 12 mois, contre plusieurs années pour les alternatives nucléaires ou fossiles (Fig. 2).

Fig. 2 – Des perspectives plus prometteuses pour les énergies renouvelables

Source : Pictet Asset Management, 2025. Présentation des résultats annuels 2025 de NextEra.
*Le Load Factor est le rapport entre la charge moyenne (consommation d’électricité) et la charge de pointe (maximum) sur une période donnée. Il mesure l’efficacité d’utilisation de l’électricité, un facteur de charge élevé indiquant une utilisation régulière et efficace, un faible facteur de charge indiquant une demande intermittente. Estimations basées sur le marché américain.

Toutefois, les énergies renouvelables présentent encore des inconvénients.

Elles sont une source intermittente, ne produisant de l’énergie que lorsque le soleil brille ou que le vent souffle. Leur production moyenne est donc bien inférieure à leur capacité totale, ce qui se traduit par des facteurs de charge plus faibles que les centrales conventionnelles capables de fonctionner en continu.

Mais l’innovation technologique change la donne.

Les progrès dans les batteries et autres technologies de stockage permettent aux renouvelables de réduire cet écart d’efficacité, de mieux s’intégrer aux réseaux électriques et d’améliorer leur capacité à faire correspondre l’offre à la demande.

Ceci marque un tournant dans le « trilemme énergétique » de l’énergie propre, c’est-à-dire l’équilibre entre trois défis : l’accessibilité (prix abordables), la sécurité (approvisionnement fiable) et la durabilité (éviter les impacts du changement climatique).

Ni les énergies fossiles ni les renouvelables n’avaient jusqu’ici réussi à résoudre ce problème.

Les énergies fossiles étaient traditionnellement relativement bon marché, faciles à transporter et à stocker, mais leur utilisation contribue au changement climatique. Les renouvelables, en comparaison, étaient propres mais coûteuses, dépendantes des subventions et peu fiables en raison de leur production variable.

Aujourd’hui, la situation s’est inversée. Les prix des énergies fossiles sont devenus plus volatils et moins prévisibles. La guerre en Iran rappelle le risque fondamental auquel s’exposent les importateurs d’énergie lorsqu’ils dépendent de quelques producteurs situés dans des zones géopolitiquement instables.

À l’inverse, la fiabilité des renouvelables s’est améliorée grâce aux avancées dans le stockage et la flexibilité des réseaux. Les renouvelables sont désormais en position unique pour répondre à tous les aspects du trilemme énergétique, et pourraient à terme supplanter les énergies fossiles comme option par défaut. De plus, passer à l’énergie solaire et éolienne, souvent produite localement, permet aux gouvernements de remplacer progressivement les énergies fossiles importées par une production nationale.

Le système électrique européen, par exemple, est resté résilient face au dernier choc énergétique, grâce aux efforts déployés depuis 2022 pour réduire la dépendance au gaz importé et développer l’éolien et le solaire. Pour la première fois, l’éolien et le solaire produisent plus d’électricité que les énergies fossiles dans la région. En ajoutant l’hydroélectricité, les renouvelables représentent près de 50% du mix énergétique.

Pas de réseau, pas de transition

Ces évolutions ont des implications majeures pour les investisseurs dans l’énergie propre. Financer le système électrique qui alimente une économie électrifiée devient une façon de plus en plus attrayante de tirer parti de la transition énergétique.

Cela implique d’investir dans des entreprises qui exploitent les réseaux électriques et les infrastructures, produisent des composants électriques, des systèmes de chauffage et de refroidissement, et des matériaux de construction durables. Des domaines où la croissance structurelle à long terme est la plus visible.

Par exemple, les réseaux qui transportent l’énergie des producteurs aux consommateurs, offrent aux investisseurs la possibilité d’investir dans des actifs tangibles gérés selon des modèles économiques éprouvés. Ce sont des réseaux complexes constitués de centrales de production, de lignes de transmission et d’équipements de distribution tels que des transformateurs, des appareillages de commutation et des disjoncteurs.

Le réseau européen nécessite une modernisation urgente : c’est l’un des plus vastes au monde, couvrant 36 pays, mais après des années de sous-investissement, il n’est plus adapté à une économie moderne. Environ 40% du réseau a plus de 40 ans, soit la durée de vie des lignes électriques. Un réseau vieillissant et des interconnexions obsolètes entraînent plus de pertes d’énergie et limitent l’intégration de nouvelles énergies renouvelables, augmentant le risque de coupures : un goulot d’étranglement classique de la transition énergétique.

La Commission européenne estime que plus de 580 milliards d’euros d’investissements seront nécessaires pour répondre à la demande d’électricité, qui devrait augmenter de 60% entre 2023 et 2030.(1)

Même avant la guerre en Iran, des géants technologiques comme Amazon, Google et Microsoft, plus gros consommateurs d’électricité d’Europe, appelaient l’UE à accélérer l’électrification et à améliorer l’infrastructure électrique du continent, car la congestion des réseaux et la lenteur des raccordements menacent la décarbonation et la compétitivité industrielle.(2)

L’Europe n’est pas un cas isolé. Les infrastructures américaines sont également vieillissantes, leur réseau n’est pas non plus adapté à un monde de véhicules électriques, de numérisation et de réindustrialisation.

Les entreprises de services publics cotées sont attrayantes pour les investisseurs souhaitant profiter de la modernisation des réseaux. En réponse à l’urgence, ces entreprises réallouent des capitaux vers les réseaux, ce qui pourrait annoncer un cycle d’investissement pluriannuel destiné à soutenir leur croissance à long terme. L’espagnol Iberdrola, par exemple, prévoit d’allouer deux tiers de ses investissements à la modernisation des réseaux, qualifiant cette opportunité « d’unique en un siècle ».

Les fabricants d’équipements électriques, qui fournissent les éléments essentiels de l’infrastructure énergétique, devraient également bénéficier de ce changement de priorités. Ces entreprises connaissent déjà une demande structurellement plus forte pour les transformateurs, appareillages, câbles et autres composants nécessaires au renforcement et à l’expansion des réseaux. Le fabricant américano-irlandais Eaton, par exemple, a vu son carnet de commandes multiplié par cinq depuis 2020, preuve d’un flux de revenus solide et pluriannuel.

L’équilibre du trilemme énergétique évolue. L’énergie propre offre désormais une stabilité à moindre coût, ce qui en fait le choix évident pour les gouvernements, les entreprises et les investisseurs.

 

L’équilibre du trilemme énergétique est en train de changer. L’énergie propre offre désormais une source d’approvisionnement stable à moindre coût, ce qui en fait un choix évident pour les gouvernements, les entreprises et les investisseurs.

 

Améliorer l’efficacité énergétique des bâtiments

Face à la hausse des coûts de l’énergie, les entreprises investissent également dans des mesures visant à accroître l’efficacité énergétique. Cela a du sens, car le chauffage et la climatisation peuvent représenter jusqu’à 80% de la consommation d’énergie des ménages dans certaines régions, et une part importante des coûts d’exploitation des bâtiments commerciaux.

Les entreprises fournissant des solutions de chauffage, ventilation et climatisation (CVC) efficaces représentent une autre opportunité d’investissement pour les investisseurs dans l’énergie propre.

Dans un contexte de prix de l’énergie plus élevés et volatils, les délais de retour sur investissement pour l’efficacité énergétique diminuent. Cela s’illustre par la récente rénovation du 55 Water Street à New York, l’un des plus grands immeubles commerciaux de la ville. Trane Technologies, qui a mené le projet, a installé un système thermique avancé trois fois plus efficace que les méthodes traditionnelles de chauffage. Cela a permis de réduire l’intensité énergétique globale de près d’un cinquième, de diminuer les émissions et d’économiser 1,5 million de dollars par an en coûts de services publics pour la gestion de l’immeuble.(3)

Par ailleurs, les entreprises fournissant des matériaux légers et durables devraient bénéficier d’une vague de réindustrialisation et de construction d’infrastructures. Aux États-Unis, des entreprises ont annoncé des milliers de milliards de dollars de mégaprojets visant à relocaliser la production, à étendre la capacité des centres de données et de l’IA, et à renforcer les infrastructures physiques.

Alors que la guerre du Golfe met en lumière les risques de sécurité liés à la dépendance aux énergies fossiles, et que les renouvelables deviennent moins chères et plus rapides à déployer, l’équilibre du trilemme énergétique évolue. L’énergie propre offre désormais une stabilité à moindre coût, ce qui en fait le choix évident pour les gouvernements, les entreprises et les investisseurs. La crise actuelle pourrait donc déclencher une nouvelle vague d’investissements dans l’énergie propre.

(1) https://energy.ec.europa.eu/topics/infrastructure/european-grids_en
(2) https://esgnews.com/amazon-google-and-industry-leaders-form-giga-to-accelerate-europes-grid-overhaul/
(3) https://www.trane.com/commercial/north-america/us/en/about-us/newsroom/case-studies/commercial-real-estate/55-water-street.html

Cet article a été rédigé par

Pictet Asset Management

Spécialiste indépendant de premier plan des services d’investissement

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